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La scierie de Machet ( du nom du lieu-dit ) est
située dans le piémont vosgien Meurthe-et-Mosellan,
dans le canton de CIREY-SUR-VEZOUZE, à 6 km en amont
de la commune de VAL-ET-CHATILLON. Pour être exact, elle
est située sur le territoire de la commune du joli village
perché de Saint-Sauveur.
La scierie de Machet est l'unique construction du lieu-dit.
C'est une scierie hydraulique.
Elle est située à la conjonction des ruisseaux
"le Val" et de "Mauvais".
Elle a longtemps été un haut fer en prise directe
sur le ruisseau de Mauvais.
Puis un canal a été créé sur le
ruisseau le Val, permettant de la faire fonctionner grâce
à une chute d'eau par conduite forcée d'une hauteur
de 40 m.
La vallée, les forêts de sapins, l'eau force
motrice, la scierie, la clairière, un isolement
total, tout ici est réuni pour promouvoir la nature sauvage,
l'énergie renouvelable, l'économie durable
...
D'autre part, on pourra se replonger au coeur du film
" Les grandes gueules " dont on sait que plusieurs extraits ont été
tournés dans ce secteur (le lieu central du
tournage est situé à Cellet près
de Gérardmer. Mais à Cellet, de scierie
il n'y a plus depuis 40 ans !)
La scierie de Machet est la seule survivante sur les 31 scieries hydrauliques
que comptait la Haute-Vezouze.
Les plus anciens écrits que l'on ait retrouvés datent du XVIe siécle.
Sur le site de Machet existait, depuis le XViè siècle au moins, une scierie
qui, en compagnie des scieries de Mauvais et de la Boudouze, desservait
la forét de Bousson, propriété du Comte de Blâmont.
Vers 1546, compte tenu de l'extension de l'industrie du bois, on créa
une fonction de gruyers. Ils vendaient bois et planches, percevaient une
redevance pour selfs de paxon (2), assuraient le flottage des bois, l'entretien
des digues et chaussées, des moulins, et payaient des gardes et sagârds (3).
Le gruyer (4) logeait au château et pouvait avoir le titre de châtelain....
Après la Révolution Française, ce fut l'administration forestière qui
assuma la charge de ces scieries devenues domaniales. Des ajustements
techniques s'avérèrent bientôt nécessaires.
Machet manquait d'eau en période de bas étiage(5) du ruisseau du Val.
En 1872, le haut fer (6) de Machet fut modernisé, la force hydraulique
fut produite non plus par une roue, mais par une turbine. Creusé à flanc
de coteau, un canal de 2,800 km de long fut construit: alimenté par le
ruisseau du Val, il prenait son origine juste aprés la scierie du Petit
Marquis, et grâce â une chute de 40 mètres, amenait la quantité d'eau
necessaire pour mettre la scierie en mouvement.
La turbine à axe horizontal et à vannage partiel avait un diamètre extérieur
de 1m455, possédait 54 aubes pour un débit normal variant entre 30 et
80 litres, le nombre de tours de la roue était de 232 par minute et la
puissance pouvait varier de 16 à 42 chevaux-vapeur.
En janvier 1874, elle fut mise en route équipée d'une scie à ruban...
Lors de la période d'occupation 1914-1918, la scierie de Machet avait
été utilisée par l'ennemi. A la fin de la guerre, elle était en état de
fonctionner mais totalement transformée. La halle avait été démolie et
remplacée par une construction en bois bien plus vaste...
(1) Bousson : n.m. français local et patois, grande vis à tête carrée.
Forêt de hêtres qui poussaient en buisson.
(2) Paxon : glandée ou pâture
(3) sagârd : n.m. gérant d'une scierie, ouvrier dans une scierie.
(4) Gruyer : il assurait la police, le flottage du bois.
(5) Bas étiage : manque d'eau.
(6) Haut fer : scie verticale entraînée par une came qui lui donne un
mouvement alternatif de va et vient, de haut en bas.
Plus bas, la commune
de VAL-ET-CHATILLON a vu, à partir de 1850, se développer une industrie textile
produisant son énergie grâce à la force hydraulique
(elle alimentera même la commune en éclairage public).
Nous ne sommes pas dans les Vosges, mais en Meurthe-et-Moselle (54).
Mais le secteur est bien dans le massif vosgien, en l'occurrence
dans le piémont vosgien.
Des situations similaires (industrie textile, nombreuses scieries) étaient
légion dans la quasi totalité des vallées du massif
vosgien, lequel n'englobe pas seulement les Vosges, mais aussi une partie
de la Moselle, du Bas-Rhin, du Haut-Rhin, du Territoire de Belfort, du
Doubs et de la Meurthe-et-Moselle.
Que reste t-il de ce patrimoine aujourd'hui ?
L'exploitation économique de cette scierie a néanmoins
pu se poursuivre jusqu'en 1993, date à laquelle le dernier sagard
a jeté l'éponge.
Depuis, le mouvement associatif tente de sauver ce patrimoine ...
Ce projet s'appuie d'abord sur le constat
que la scierie de Machet est la dernière
scierie hydraulique survivante du piémont vosgien
54, lequel, dans le passé, en comptait pas loin
d'une centaine. Il s'agit donc en premier lieu d'une sauvegarde
de patrimoine. Le projet s'appuie ensuite sur les thèmes
de l'énergie renouvelable et de l'environnement
et sur l'impact que peut générer le film
"les grandes gueules".
Certes, des scieries "haut fer" - certaines
classées monuments historiques - existent encore
dans le massif vosgien. Cependant, sauf erreur, aucune
ne s'appuie sur une mise en scène "spectacle"
en utilisant le film monument "les grandes gueules".
La force hydraulique est
évidemment tributaire de la hauteur de la chute
d'eau et de son débit. Plus on se dirigera vers
l'aval, plus le débit sera important. Mais généralement,
les déclivités naturelles s'amenuiseront
et la hauteur de chute ne sera obtenue qu'au prix d'une
longueur de canal importante. A contrario, en remontant
vers l'amont, la hauteur de chute pourra être obtenue
plus facilement (en fonction bien sûr de la topographie)
mais le débit sera réduit.
Sans entrer dans des considérations hydrauliques
ennuyeuses, on relèvera que l'homme a toujours
su exploiter les configurations du terrain pour capter
une force hydraulique avec des moyens divers (création
de canal avec chute sur roue à aubes, conduite
forcée, etc).
A Machet, la hauteur de chute (40 mètres
!) est obtenue par un canal prélevant l'eau 2,8
km plus en amont. Elle compense le faible débit
du ruisseau mais présente l'inconvénient
d'être trop sensible à l'étiage, donc
directement tributaire de la pluviométrie, même
si l'on a prévu un petit étang faisant réserve
tampon avant la chute.
Néanmoins, pendant des années, cette scierie a débité des produits de sciage (planches, dosseaux, lattes), tout en produisant une énergie électrique (principalement pour son éclairage). Autrement dit (car il faut insister pour la prise de conscience), elle était parfaitement autonome, ne réclamant pas une énergie électrique extérieure, elle-même produite par de l'énergie fossile (pétrole, charbon) ou atomique (dangerosité + déchets ultimes dont on ne sait que faire). L'énergie hydraulique est une énergie propre au sens le plus noble du terme.
Mais surviennent alors des considérations
qui semblent rendre tout cela bien désuet. Une
production limitée, un besoin de main d'oeuvre
relativement important, des aléas de fonctionnement,
des contraintes d'entretien de l'amenée d'eau,
des distances à parcourir importantes (pour se
rendre sur les lieux de sciage, pour prendre livraison
des produits. En revanche, la matière première
n'est jamais loin). Bref, des contraintes qui s'opposeraient
aux impératifs économiques de notre société
mondialisée.
Qui s'opposeraient, ais-je dit. Car si on voulait chiffrer
le coût que représentent pour l'environnement
(donc pour les générations futures), soit
l'impact du prélèvement de l'énergie
fossile, soit l'impact du stockage des déchets
radioactifs, il n'y aurait pas l'ombre d'un doute : l'énergie
renouvelable est propre et forcément compétitive
!.
Cette maladroite tentative de démonstration et de sensibilisation constitue le support du projet "scierie de Machet". Cette scierie est la dernière scierie hydraulique en état de marche du piémont vosgien 54 et 88 (la scierie de la Hallière n'est toujours pas reconstruite). Elle pourrait devenir un outil pédagogique haut en couleur afin de sensibiliser à l'environnement.
Cependant, susciter un intéressement à l'énergie renouvelable au travers du fonctionnement de cette scierie ne me paraît pas pouvoir être une fin en soi. Faire savoir qu'elle existe, démontrer qu'elle tourne avec de l'eau ne suffira pas. Or, cette idée d'insuffisance est presque une aubaine car il y a évidemment autre chose à "vendre".
Les noms "Vosges", "vosgien" (massif des, ou habitants) sont synonymes des mots suivants : nature, forêts, paysages, sauvage, bois, bûcherons, sapins, ... Or, un film à succès, un seul depuis 40 ans, a dépeint avec maestria le contexte forestier vosgien, les hommes, les paysages, le patrimoine ... ce film, c'est "Les grandes gueules".
La musique du film "Les
grandes gueules" est de François de Roubaix.
Le fond sonore de cette page est une création personnelle
en MIDI
PERSONNE, autre que José Giovanni et Robert Enrico, n'a jamais fait mieux depuis près de 40 ans pour mettre en exergue les particularités des " Vosges " dans lesquelles se reconnaissent tous les autochtones, mais pas seulement .... Car si c'est véritablement un film culte pour les autochtones du massif vosgien, pour les autres, c'est une superbe histoire d'hommes dans un milieu sauvage ...
Ecoutons
José Giovanni, auteur du roman "Le haut fer", à
l'origine du film, dans une interview réalisée en 2000, figurant
sur le DVD du film ...
"on a reconstruit la scierie comme elle était,
et on y a mis le feu pour le film. Et malheureusement
pour la région, au lieu de reconstruire la scierie,
d'en faire un musée, artisanal, avec les ... parce
qu'il y avait encore la machinerie, ils ont laissé
tout ça se détruire, et dans la clairière,
il y a une espèce de baraquement neuf, là
...(regrets) On voyait bien qu'on amenait quelque chose
à la région, de particulier. On avait quand
même parlé de cet artisanat qui mourrait,
de ce pourquoi ces scieries étaient mortes les
unes après les autres, parce qu'elles étaient
trop éloignées finalement, on voyait bien
qu'on amenait une Histoire, du bûcheronnage, une
Histoire très haute en couleur dans le bûcheronnage
(...) Quand vous faites quelque chose, vous ne vous rendez
pas forcément compte de l'impact que ça
aura. Ca en aura peut-être pas du tout, ou alors...,
là, ça a dépassé ce qu'on
... la preuve c'est que 40 ans après, le film est
de 64, et aujourd'hui on est en 2000, on est encore en
train de parler du film ... qui vient de passer sur la
3, c'est son 8ème passage, il a battu tout l'audimat
! On a battu la 1, on a battu tout le monde. Donc c'est
la preuve qu'on a fait quelque chose qui avait des racines
( ... ) J'avais emmené Enrico (Robert) sur tous
les lieux du roman. Je l'avais amené dans les Hautes
Vosges, où il y avait ce petit train. Mais le petit
train n'était plus sur les lieux de la scierie,
et Enrico m'avait dit : "Mais ce qui se passe encore
dans les Hautes Vosges, et ce qui se passait avant là,
il faut ramener ..." Donc c'est lui qui a ramené
le petit train dans la clairière ... parce que
sinon, on aurait été obligé d'aller
tourner dans les Hautes Vosges, alors qu'il fallait que
ce soit lié avec la clairière. Et puis les
chemins de ravetons, la schlitte avec ce chemin si dangereux
où on met les pieds sur des traverses, ça
existait aussi dans les Hautes Vosges, et ça n'existait
plus près de Gerardmer. Il a ramené aussi
ça près de Gerardmer... C'est à dire
qu'il a centralisé, pour son image, tout ce qui
existait dans des endroits différents."
(Lieu du tournage)
Le film met en évidence les forêts
de sapins, le bûcheronnage, le débardage, le transport,
le sciage, les paysages, etc.
Puisqu'on constate, 40 ans après, que les Vosges
et les vosgiens (au sens strict du terme), mais aussi
les lieux des tournages (Gérardmer, Vagney, etc)
n'ont pas exploité l'évènement du
film :
Nous dégageons une idée force pour la scierie
de Machet : on utilise le film.
La scierie de Machet pourrait alors être
le théâtre,
- soit de la projection du film, à l'adresse des habitants
du massif vosgiens (*), des nostalgiques, des fans du
film, et/ou de ses acteurs (Bourvil, Ventura notamment),
des amoureux de la nature, des paysages, du bois, des
écolos, etc.,
- soit de toutes autres déclinaisons du film sur
les thèmes de l'image ou du son.
Depuis janvier 2006, la nouvelle association "Machet Energie Nouvelle" se penche sur le devenir de cette scierie ...
Alain GERARD
(*) On sait que Vanony, qu'on ne présente plus, remplit les salles bien au delà de la Lorraine ... il a rempli à deux reprises l'Olympia à Paris
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