Musique du film "Les grandes gueules" composée par François de Roubaix (création personnelle en Midi)
Stopper le sciage

La scierie de Machet (par Alain GERARD)

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La scierie de Machet ( du nom du lieu-dit ) est située dans le piémont vosgien Meurthe-et-Mosellan, dans le canton de CIREY-SUR-VEZOUZE, à 6 km en amont de la commune de VAL-ET-CHATILLON. Pour être exact, elle est située sur le territoire de la commune du joli village perché de Saint-Sauveur.
La scierie de Machet est l'unique construction du lieu-dit. C'est une scierie hydraulique.
Elle est située à la conjonction des ruisseaux "le Val" et de "Mauvais".
Elle a longtemps été un haut fer en prise directe sur le ruisseau de Mauvais.
Puis un canal a été créé sur le ruisseau le Val, permettant de la faire fonctionner grâce à une chute d'eau par conduite forcée d'une hauteur de 40 m.

La vallée, les forêts de sapins, l'eau force motrice, la scierie, la clairière, un isolement total, tout ici est réuni pour promouvoir la nature sauvage, l'énergie renouvelable, l'économie durable ...
D'autre part, on pourra se replonger au coeur du film " Les grandes gueules " dont on sait que plusieurs extraits ont été tournés dans ce secteur (le lieu central du tournage est situé à Cellet près de Gérardmer. Mais à Cellet, de scierie il n'y a plus depuis 40 ans !)

Petit historique

La scierie de Machet est la seule survivante sur les 31 scieries hydrauliques que comptait la Haute-Vezouze.
Les plus anciens écrits que l'on ait retrouvés datent du XVIe siécle. Sur le site de Machet existait, depuis le XViè siècle au moins, une scierie qui, en compagnie des scieries de Mauvais et de la Boudouze, desservait la forét de Bousson, propriété du Comte de Blâmont.
Vers 1546, compte tenu de l'extension de l'industrie du bois, on créa une fonction de gruyers. Ils vendaient bois et planches, percevaient une redevance pour selfs de paxon (2), assuraient le flottage des bois, l'entretien des digues et chaussées, des moulins, et payaient des gardes et sagârds (3). Le gruyer (4) logeait au château et pouvait avoir le titre de châtelain....
Après la Révolution Française, ce fut l'administration forestière qui assuma la charge de ces scieries devenues domaniales. Des ajustements techniques s'avérèrent bientôt nécessaires.
Machet manquait d'eau en période de bas étiage(5) du ruisseau du Val.
En 1872, le haut fer (6) de Machet fut modernisé, la force hydraulique fut produite non plus par une roue, mais par une turbine. Creusé à flanc de coteau, un canal de 2,800 km de long fut construit: alimenté par le ruisseau du Val, il prenait son origine juste aprés la scierie du Petit Marquis, et grâce â une chute de 40 mètres, amenait la quantité d'eau necessaire pour mettre la scierie en mouvement.
La turbine à axe horizontal et à vannage partiel avait un diamètre extérieur de 1m455, possédait 54 aubes pour un débit normal variant entre 30 et 80 litres, le nombre de tours de la roue était de 232 par minute et la puissance pouvait varier de 16 à 42 chevaux-vapeur.
En janvier 1874, elle fut mise en route équipée d'une scie à ruban...
Lors de la période d'occupation 1914-1918, la scierie de Machet avait été utilisée par l'ennemi. A la fin de la guerre, elle était en état de fonctionner mais totalement transformée. La halle avait été démolie et remplacée par une construction en bois bien plus vaste...

(1) Bousson : n.m. français local et patois, grande vis à tête carrée. Forêt de hêtres qui poussaient en buisson.
(2) Paxon : glandée ou pâture
(3) sagârd : n.m. gérant d'une scierie, ouvrier dans une scierie.
(4) Gruyer : il assurait la police, le flottage du bois.
(5) Bas étiage : manque d'eau.
(6) Haut fer : scie verticale entraînée par une came qui lui donne un mouvement alternatif de va et vient, de haut en bas.

Plus bas, la commune de VAL-ET-CHATILLON a vu, à partir de 1850, se développer une industrie textile produisant son énergie grâce à la force hydraulique (elle alimentera même la commune en éclairage public).
Nous ne sommes pas dans les Vosges, mais en Meurthe-et-Moselle (54).
Mais le secteur est bien dans le massif vosgien, en l'occurrence dans le piémont vosgien.
Des situations similaires (industrie textile, nombreuses scieries) étaient légion dans la quasi totalité des vallées du massif vosgien, lequel n'englobe pas seulement les Vosges, mais aussi une partie de la Moselle, du Bas-Rhin, du Haut-Rhin, du Territoire de Belfort, du Doubs et de la Meurthe-et-Moselle.

Que reste t-il de ce patrimoine aujourd'hui ?

L'exploitation économique de cette scierie a néanmoins pu se poursuivre jusqu'en 1993, date à laquelle le dernier sagard a jeté l'éponge.
Depuis, le mouvement associatif tente de sauver ce patrimoine ...

Quel projet pour la Scierie de Machet ?

Ce projet s'appuie d'abord sur le constat que la scierie de Machet est la dernière scierie hydraulique survivante du piémont vosgien 54, lequel, dans le passé, en comptait pas loin d'une centaine. Il s'agit donc en premier lieu d'une sauvegarde de patrimoine. Le projet s'appuie ensuite sur les thèmes de l'énergie renouvelable et de l'environnement et sur l'impact que peut générer le film "les grandes gueules".
Certes, des scieries "haut fer" - certaines classées monuments historiques - existent encore dans le massif vosgien. Cependant, sauf erreur, aucune ne s'appuie sur une mise en scène "spectacle" en utilisant le film monument "les grandes gueules".

L'eau force motrice

La force hydraulique est évidemment tributaire de la hauteur de la chute d'eau et de son débit. Plus on se dirigera vers l'aval, plus le débit sera important. Mais généralement, les déclivités naturelles s'amenuiseront et la hauteur de chute ne sera obtenue qu'au prix d'une longueur de canal importante. A contrario, en remontant vers l'amont, la hauteur de chute pourra être obtenue plus facilement (en fonction bien sûr de la topographie) mais le débit sera réduit.
Sans entrer dans des considérations hydrauliques ennuyeuses, on relèvera que l'homme a toujours su exploiter les configurations du terrain pour capter une force hydraulique avec des moyens divers (création de canal avec chute sur roue à aubes, conduite forcée, etc).
A Machet, la hauteur de chute (40 mètres !) est obtenue par un canal prélevant l'eau 2,8 km plus en amont. Elle compense le faible débit du ruisseau mais présente l'inconvénient d'être trop sensible à l'étiage, donc directement tributaire de la pluviométrie, même si l'on a prévu un petit étang faisant réserve tampon avant la chute.

L'autonomie

Néanmoins, pendant des années, cette scierie a débité des produits de sciage (planches, dosseaux, lattes), tout en produisant une énergie électrique (principalement pour son éclairage). Autrement dit (car il faut insister pour la prise de conscience), elle était parfaitement autonome, ne réclamant pas une énergie électrique extérieure, elle-même produite par de l'énergie fossile (pétrole, charbon) ou atomique (dangerosité + déchets ultimes dont on ne sait que faire). L'énergie hydraulique est une énergie propre au sens le plus noble du terme.

Compétitivité ?

Mais surviennent alors des considérations qui semblent rendre tout cela bien désuet. Une production limitée, un besoin de main d'oeuvre relativement important, des aléas de fonctionnement, des contraintes d'entretien de l'amenée d'eau, des distances à parcourir importantes (pour se rendre sur les lieux de sciage, pour prendre livraison des produits. En revanche, la matière première n'est jamais loin). Bref, des contraintes qui s'opposeraient aux impératifs économiques de notre société mondialisée.
Qui s'opposeraient, ais-je dit. Car si on voulait chiffrer le coût que représentent pour l'environnement (donc pour les générations futures), soit l'impact du prélèvement de l'énergie fossile, soit l'impact du stockage des déchets radioactifs, il n'y aurait pas l'ombre d'un doute : l'énergie renouvelable est propre et forcément compétitive !.

La pédagogie

Cette maladroite tentative de démonstration et de sensibilisation constitue le support du projet "scierie de Machet". Cette scierie est la dernière scierie hydraulique en état de marche du piémont vosgien 54 et 88 (la scierie de la Hallière n'est toujours pas reconstruite). Elle pourrait devenir un outil pédagogique haut en couleur afin de sensibiliser à l'environnement.

L'attrait

Cependant, susciter un intéressement à l'énergie renouvelable au travers du fonctionnement de cette scierie ne me paraît pas pouvoir être une fin en soi. Faire savoir qu'elle existe, démontrer qu'elle tourne avec de l'eau ne suffira pas. Or, cette idée d'insuffisance est presque une aubaine car il y a évidemment autre chose à "vendre".

Des synonymes

Les noms "Vosges", "vosgien" (massif des, ou habitants) sont synonymes des mots suivants : nature, forêts, paysages, sauvage, bois, bûcherons, sapins, ... Or, un film à succès, un seul depuis 40 ans, a dépeint avec maestria le contexte forestier vosgien, les hommes, les paysages, le patrimoine ... ce film, c'est "Les grandes gueules".

La musique du film "Les grandes gueules" est de François de Roubaix.
Le fond sonore de cette page est une création personnelle en MIDI

Les grandes gueules

PERSONNE, autre que José Giovanni et Robert Enrico, n'a jamais fait mieux depuis près de 40 ans pour mettre en exergue les particularités des " Vosges " dans lesquelles se reconnaissent tous les autochtones, mais pas seulement .... Car si c'est véritablement un film culte pour les autochtones du massif vosgien, pour les autres, c'est une superbe histoire d'hommes dans un milieu sauvage ...

Un avis autorisé

Ecoutons José Giovanni, auteur du roman "Le haut fer", à l'origine du film, dans une interview réalisée en 2000, figurant sur le DVD du film ...
"on a reconstruit la scierie comme elle était, et on y a mis le feu pour le film. Et malheureusement pour la région, au lieu de reconstruire la scierie, d'en faire un musée, artisanal, avec les ... parce qu'il y avait encore la machinerie, ils ont laissé tout ça se détruire, et dans la clairière, il y a une espèce de baraquement neuf, là ...(regrets) On voyait bien qu'on amenait quelque chose à la région, de particulier. On avait quand même parlé de cet artisanat qui mourrait, de ce pourquoi ces scieries étaient mortes les unes après les autres, parce qu'elles étaient trop éloignées finalement, on voyait bien qu'on amenait une Histoire, du bûcheronnage, une Histoire très haute en couleur dans le bûcheronnage (...) Quand vous faites quelque chose, vous ne vous rendez pas forcément compte de l'impact que ça aura. Ca en aura peut-être pas du tout, ou alors..., là, ça a dépassé ce qu'on ... la preuve c'est que 40 ans après, le film est de 64, et aujourd'hui on est en 2000, on est encore en train de parler du film ... qui vient de passer sur la 3, c'est son 8ème passage, il a battu tout l'audimat ! On a battu la 1, on a battu tout le monde. Donc c'est la preuve qu'on a fait quelque chose qui avait des racines ( ... ) J'avais emmené Enrico (Robert) sur tous les lieux du roman. Je l'avais amené dans les Hautes Vosges, où il y avait ce petit train. Mais le petit train n'était plus sur les lieux de la scierie, et Enrico m'avait dit : "Mais ce qui se passe encore dans les Hautes Vosges, et ce qui se passait avant là, il faut ramener ..." Donc c'est lui qui a ramené le petit train dans la clairière ... parce que sinon, on aurait été obligé d'aller tourner dans les Hautes Vosges, alors qu'il fallait que ce soit lié avec la clairière. Et puis les chemins de ravetons, la schlitte avec ce chemin si dangereux où on met les pieds sur des traverses, ça existait aussi dans les Hautes Vosges, et ça n'existait plus près de Gerardmer. Il a ramené aussi ça près de Gerardmer... C'est à dire qu'il a centralisé, pour son image, tout ce qui existait dans des endroits différents."
(Lieu du tournage)

Un projet pour la scierie de Machet !

Le film met en évidence les forêts de sapins, le bûcheronnage, le débardage, le transport, le sciage, les paysages, etc.
Puisqu'on constate, 40 ans après, que les Vosges et les vosgiens (au sens strict du terme), mais aussi les lieux des tournages (Gérardmer, Vagney, etc) n'ont pas exploité l'évènement du film :
Nous dégageons une idée force pour la scierie de Machet : on utilise le film.
La scierie de Machet pourrait alors être le théâtre,
- soit de la projection du film, à l'adresse des habitants du massif vosgiens (*), des nostalgiques, des fans du film, et/ou de ses acteurs (Bourvil, Ventura notamment), des amoureux de la nature, des paysages, du bois, des écolos, etc.,
- soit de toutes autres déclinaisons du film sur les thèmes de l'image ou du son.

Depuis janvier 2006, la nouvelle association "Machet Energie Nouvelle" se penche sur le devenir de cette scierie ...

  

Alain GERARD

 

(*) On sait que Vanony, qu'on ne présente plus, remplit les salles bien au delà de la Lorraine ... il a rempli à deux reprises l'Olympia à Paris

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