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Le film
"Les grandes gueules" a principalement été tourné
à la scierie de Cellet, près de GERARDMER, en 1965
Petit extrait
de l'interview de José Giovanni figurant sur le DVD :
"( ... ) Et malheureusement pour la région, au lieu
de reconstruire la scierie, d'en faire un musée, artisanal, avec les ...
parce qu'il y avait encore la machinerie..., ils ont laissé tout ça se détruire,
et dans la clairière, il y a une espèce de baraquement neuf, là ...(regrets)
On voyait bien qu'on amenait quelque chose à la région, de particulier.
On avait quand même parlé de cet artisanat qui mourrait, de ce pourquoi
ces scieries étaient mortes les unes après les autres, parce qu'elles étaient
trop éloignées finalement, on voyait bien qu'on amenait une Histoire du
bûcheronnage, une Histoire très haute en couleur dans le bûcheronnage (...)
Quand vous faites quelque chose, vous ne vous rendez pas forcément compte
de l'impact que ça aura. Ca en aura peut-être pas du tout, ou alors...,
là, ça a dépassé ce qu'on ... la preuve c'est que 40 ans après, le film
est de 64, et aujourd'hui on est en 2000, on est encore en train de parler
du film ... qui vient de passer sur la 3, c'est son 8ème passage, il a battu
tout l'audimat ! On a battu la 1, on a battu tout le monde. Donc c'est la
preuve qu'on a fait quelque chose qui avait des racines ( ... )"
Mais qu'est vraiment devenu le
lieu du célèbre haut fer de la scierie de Cellet, près
de GERARDMER ?
Si on allait voir ?
Tour d'abord, il a fallu s'orienter sur la base d'indications vagues et
en l'absence de la moindre pancarte. Lorsque, à GERARDMER (et même
au Beillard qui est plus proche), on demande à quelqu'un s'il est
du secteur, qu'il vous répond par l'affirmative, mais qu'il avoue
ne pas savoir où se trouve le lieu-dit Le Cellet (et même jamais
entendu parlé), on commence à se poser de sérieuses
questions. Lorsque, enfin, quelqu'un sait, il peine à expliquer :
"il faudrait aller à la zone industrielle de Beillard et là,
vous demanderez votre chemin".
Finalement, je trouve le lieu du Cellet un peu, voire complètement
par hasard. Un grand baraquement en longueur devant lequel stationnent plusieurs
véhicules immatriculés en Belgique, une rivière tout
à coté, et le sentiment que ça pourrait être
là. Mais non, ça n'est pas possible, il n'y a pas la moindre
indication ! Puis après avoir dépassé le petit pont
de la rivière, je découvre toujours par hasard, une pancarte
de 30 cm au carré clouée sur un arbre.
A coté de l'arbre, un bizarre monument fait d'un tronc d'arbre vertical
portant à trois mètres de haut des sortes de pétales
bordées de lames de scie et comportant les noms gravés de
"Rolan - Bouvil - Ventura". En fait, ce serait plutôt une
sculpture d'artiste, mais trop écrasée par la végétation,
on ne sait pas trop ce que l'on voit.
C'est tout.
Ce que je ressens alors est difficilement explicable. Je pense à
José Giovanni qui n'a pas manqué de revenir sur les lieux
longtemps après. Qu'a t-il dû ressentir, lui ? Ce baraquement
en bois à la place de la scierie, cette minuscule pancarte, cette
sculpture presque dissimulée (qui a au moins le mérite d'exister),
quel choc cela a dû être après les émotions du
tournage et le succès du film ! ...
En fait, le peu que l'on trouve sur place vise à rendre hommage aux
acteurs "monstres sacrés" qui ont tourné là.
Mais le film, c'est bien plus que ça car c'est un tout ! C'est le
témoignage de l'activité forestière d'une époque
(bûcheronnage, schlittage, sciage, etc.); c'est la mise en valeur
des paysages et du patrimoine du massif vosgien, de l'eau force motrice...,
et ce tout, c'est un monument !
Il y a 40 ans, José GIOVANNI avait déjà détecté
des singularités qu'il jugeait suffisamment fortes et enracinées
pour en faire un roman, puis un film.
Nous, les autochtones, 40 ans après, nous n'avons toujours rien vu
! Les vallées sont plus que jamais fermées et désertées.
Des monstres mécaniques ont remplacé l'homme et ravagent nos
forêts. Les grumiers surchargés défoncent nos chemins
et nos routes pour livrer LA grande scierie à près de 100
km de là ...
Alain Gérard
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