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III - le village au XVIIIe siècle
Lannée 1698 fut marquée par un procès entre
le marquis du Châtelet, seigneur de Cirey, et labbé Allaine.(1)
Agnès de Langstein avait donné aux moines de St Sauveur,en 1171,
la moitié du ban de Raon les Leau. Les limites de cette donation
étaient devenues incertaines, surtout après la guerrede Trente ans.
Il sen suivit des contestations et ce différend se termina
par un arrangement oral. Ainsi les terres en question furent-elles
délimitées de la manière suivante : par douze bornes pour le domaine
religieux, portant chacune une crosse entre deux S (St Sauveur)
; les possessions du marquis étaient quant à elles matérialisées
par douze bornes portant les initiales D et C (du Châtelet).
Jusquà cette époque, les services divins furent
assurés par le curé de St Sauveur. Puis les habitants, en vue davoir
un prêtre résident, construisirent un presbytère en 1703.
Pendant quil était abbé de Domèvre, le père Allaine institua
des règles et des ordonnances quil consigna dans un livret
où il est dit :
- si trois messes sont manquées, le sacrement
ne sera pas donné aux enfants, aux domestiques, aux pères et mères.
- pas de sacrement non plus à ceux dont la famille
est divisée, à ceux qui font du scandale. (querelles, batteries,
blasphèmes, ivrognerie)
- obligation aux maîtres décole de faire
le catéchisme trois fois par semaine : le mardi, le jeudi et le
samedi.
- fermeture des ouvroirs (cabarets) où se font
les assemblées nocturnes.
- interdiction à tout mendiant, religieux, ermite,
de faire la quête dans la paroisse sans lautorisation de labbé.
- obligation aux échevins de rendre compte de
leur gestion une fois lan devant leur curé.
Louvrage comporte également une liste de maléfices réprimés
par la religion :
homicide volontaire - inceste jusquau 4ème degré - concubinage
public - péché de sodomie - toute bestialité - incendie fait en
haine - mariage clandestin - suffocation denfant - procuration
davortement - outrage à toute personne religieuse en la frappant,en
linjuriant - rapt dune femme ou dune fille - batterie
dans une église avec effusion de sang - maltraitement des parents
par les enfants - duels.
Selon labbé Chatton, Mathias Allaine ne vécut
pas en communauté à labbaye de Domèvre ; il se contenta de
percevoir la mense abbatiale (revenus réservés aux abbés) et fut
souvent en procès avec lévêque de Toul. Ce dernier lui reprochait
de ne pas être respectueux de la hiérarchieet de se conduire comme
un véritable évêque dans sa propre juridiction. Assigné au Parlement
de Metz pour plaider sa cause, labbé Allaine refusa de sy
rendre et fut condamné par défaut. Il mourut le 29 septembre 1704.
(2) Le père PierreCollin, déjà prieur à labbaye
de Domèvre lui succéda le 9 octobre de la même année . Le nouvel
abbé, défenseur des idées de son prédécesseur, eut à répondre des
mêmes accusations menées par lévêque toulois François Blouet
de Camilly. Labbése justifia en insistant sur trois raisons
essentielles : (1708)
a)
les paroisses deCirey, dHarbouey et de Bonmoutier étant sur
le territoire français étaient rattachées à Metz. (Le litige portait
sur ces trois villages en particulier, dans lesquels les religieux
de Domèvre étaient collateurs, cest-à-dire bénéficiaires de
la dîme).
b) labbaye
de Domèvre jouissait des droits de haute justice et de seigneurie
temporelle attestés par des patentes royales. Ces droits provenaient
de labbaye de St Sauveur qui elle même en avait hérité de
celle de Bonmoutier.
c) des bulles papalesenfin
(Pie V en 1570, Grégoire XIII en 1576) accordaient aux moinesles
dîmes, bois, terres et autres fonds qui représentaient les bénéfices
de labbaye. (Ces mêmes bénéfices attribués déjà en 670 au
couvent de Bonmoutier par lévêque Bodon).
Le jugement du Parlement de Metz lui fut hélas défavorable. Labbé
Collin adressa alors un recours au pape en 1722 mais mourut le 20
mars de cette année.
A cette époque, François Moitrier est maire de Bonmoutieret Nicolas
Jourdain régent décole. Le curé est le chanoine régulier Evrard
qui a en plus la charge de la paroisse de Petitmont. Il ira dailleurs
sy installer en 1733, après que les habitants de ce village
aient terminé la construction de leur église et du presbytère.
29 janvier 1735
Acte concernant les réparations de léglise (3)
Léglise étant en mauvais état, les décimateurs
refusant den assurer les réparations, les habitants eurent
recours à la cour de Metz. (Lentretien de lédifice était
une des charges de la dîme, donc du clergé). Le droit commun obligeait
le décimateur à réparer le chur et les arrêts de la cour intervenaient
pour la nef. Furent appelés à comparaître :
- labbé Evrard et à travers lui labbaye de Domèvre.
- le prince Marc de Beauvau Craon, baron des baronnies de St Georges
(dont dépendait Bonmoutier, Turquestein, Lorquin), qui percevait
le quart des dîmes. C'est en 1720 que le prince Marc de Beauvau
Craon reçoit du duc de Lorraine Léopold, les Baronnies de St Georges,
Turquestein et Châtillon. Cette donation pour "d'éminents services
rendus" fait sourire quand on sait que la princesse de Beauvau
Craon était la favorite du duc de Lorraine.
Le supérieur de labbaye rejeta la demande. Le prince de Beauvau
consentit à ne verser que sa part. Les religieux furent condamnés
à contribuer aux travaux de la toiture et de la nef. Le procureur
exigea un inventaire de la dîme perçue par le père Allaine . A défaut
de ce document, la totalité des travaux serait à leur charge.
25 juin 1735
"Inventaire de production de défense que mettent
et baillent devant vous, Messieurs le Lieutenant général et les
conseillers au baillage de lévêché de Metz, à Vic."
"Vénérables abbés prieurs et religieux de labbaye
de Domèvre, en sommation.
- contre les maires, habitants et communauté du Val de Bonmoutier,demandeurs
originaires de la sommation.
- contre François Evrard chanoine régulier, défendeur originaire"
Le procès sengagea mal pour les habitants car les religieux
(Allaine et Evrard) avaient opté pour la portion congrue. Comme
les villageois ne payaient pas la dîme dite "à titre lucratif",
mais simplement celle dite "à titre onéreux" destinée
à la portion congrue, leur requête ne pouvait aboutir. Pour le tribunal,
le village est considéré comme exempt de charges; de plus, le prince
de Beauvau Craon, en signalant quil avait abandonné au père
Allaine ce quil percevait sur les deux villages, rendait difficilement
défendable la cause des paroissiens. Pour justifier sa générosité,
le Prince dit quil considérait trop insuffisante la portion
congrue de l'abbé.

Extrait de l'Histoire de l'abbaye de Saint-Sauveur
et de Domèvre
La cause des habitants fut plaidée une
deuxième fois le29 août de la même année. Ils nobtinrent pas
gain de cause car les religieux les accusèrent doutrepasser
leur droit: en effet la paroissiens avaient déjà réparé le chur
de léglise, à leurs frais en 1724. Ainsi, leur souci davoir
un édifice en bon état se retournait-il contre eux ! Les religieux
mirent donc en évidence le non paiement par les villageois de cette
dîme à titre lucratif qui seule obligerait labbaye à payer
une partie des réparations.
La sentence du tribunal assurait par conséquent lexemption
de réparations en faveur des religieux.
Les habitants firent appel et un jugement de 1737
leur donna raison cette fois.
Devant létat de délabrement de léglise, déjà en 1735,
le maire avait émis un projet de reconstruction qui fut abandonné.
Ce même projet fut soumis en 1737 mais nobtint aucun écho.
(Témoins les plans datés de 1735 et 1737).Finalement seule la nef
a été réparée en 1737-1738, comme en témoigne lacte du 27
septembre 1738.
"Le 27. 9 1738 (1) Charles Virion, tabellion
de la baronnie de Châtillon a réuni les révérends pères Nicolas
Huguinet Marc Menoux, prieurs de Domèvre, ainsi que le maire du
lieu en assemblée" . Le tabellion rappelle que ces réparations
ont été réalisées grâce à la succession de feu le père Allaine (ce
qui prouvait quen réalité cet abbé vivait très largement de
sa portion congrue, puisquà sa mort, il avait laissé environ
800 livres à labbaye deDomèvre.), augmentée dune somme
de 500 livres. Les habitants ont offert la somme de 200 livres au
cours de Lorraine, et ont assuré le voiturage des matériaux. A la
fin des travaux, religieux et ouvriers furent déchargés de louvrage,
comme le veut la coutume, à condition quaucun dommage ne soit
constaté.
Un recencement intéressant effectué par le chanoine
régulier Florent Pano, en 1737 nous indique avec précision le nombre
dhabitantsde la commune cette année là :
- nombre dhabitants agés de 10 ans et plus
: 213
- nombre denfants garcons et filles : 108
Total
: 321
Il faut évidemment considérer quà lépoque,
un enfant de 10 ans nétait pas encore un adulte, mais il était
déjà apte à entrer dans le monde du travail.
Un second recencement de 1748 dû au père Pierre
Claudelindique :
- nombre dhabitants âgés de 10 ans et plus : 240
- nombre denfants garçons et filles : 72
Total
: 312

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En 1756 on compte 184 "adultes"
et 105 enfants, soit au total 289 habitants.
Ces variations au niveau de la population sexpliquent certes
par une mortalité importante (espérance de vie moins longue, mortalité
infantile élevée) mais aussi à cause des épidémies et des famines.
Lhiver 1738 - 39 fut long et rigoureux ; en 1746 toutes les
récoltes furent détruites par la grêle.
On notera que depuis la fin du XVIIe siècle, lappellation
"Val de Bonmoutier" apparaît de plus en plus. Certains
actes mentionnent déjà, avec un siècle d'avance : Val et Châtillon.
Lannée 1736 fut marquée par un différend faisant
suite au procès de 1708, entre l'abbé Collin et lévêquede
Toul François Blouet de Camilly. Le litige cette fois porte sur
la nomination des chanoines dans les paroisses. Après son départ
pour la cure de Petitmont en 1733, le père Evrard laissa vacante
celle de "Valmoutier" (appellation citée dans un mémoire.)
Le supérieur de Domèvre nomma le chanoine Jacques Pellicier pour
le remplacer. Cependant, ce dernier ayant sollicité une autre cure
dans le diocèse de Metz, présenta à labbé Pierre Collin de
labbaye de Domèvre sa démission qui fut acceptée le 13 novembre
1736, selon la formule :
"Démissionem in manibus nostris faisam"
A remis sa démission entre nos mains.
Lévêque Scipion Jérôme Bégon exigea lapplication
de la formule voulue par son prédecesseur F. B. deCamilly :
"Faisam in manibus Illustrissimi Domini Episcopi Tullensis"
(démission) remise entre les mains de Monseigneur lévêquede
Toul.
Le motif de la mésentente nétait pas une simple
question de mots. Accéder à la volonté épiscopale, cétait
pour labbaye la perte dun usage et la disparition de
la possession immémoriale des bénéfices. Une fois de plus, labbé
Collin justifia son bon droit dadministrateur en faisant référence
aux bulles papales de 1570 et 1576, et il nomma le chanoine Florent
Pano à la cure de "Valmoutier".
Le 15 avril 1761, (4) léglise
est frappée dinterdit par une ordonnance de lévêché
de Toul. Le curé doyen de Blâmont, mandaté par lévêque le
10 mars de la même année, avait effectué une visite pour constater
lampleur des dégâts. Un rapport dexperts confirmera:
- que le chur et la tour menacent de ruine prochaine
- quune église agrandie doit être reconstruite
- quancun office ne peut pour linstant y être célébré
Une fois de plus lédifice sera réparé. Les travaux dureront
de 1761 à 1768, et durant cette période, les paroissiens iront à
Petitmont pour assister aux offices.
Une requête datée du 25 février 1769 met à nouveau
en présence les chanoines de Domèvre et les paroissiens.Les religieux
sont représentés par le procureur à la cour François Mathieu, la
communauté de Val de Bonmoutier par le procureur Voyard. Ce sont
toujours les réparations de l'églisequi sont au centre des difficultés.
Lédifice a été réparé certes, la nef agrandie, mais les habitants
émettent des réserves quant à la qualité des travaux.
Les chanoines se montrent conciliants et acceptent de faire encore
ce qui est de leur devoir même si les maire, échevins et habitantsdu
lieu souhaitent construire une nouvelle église, selon les plansdexperts
choisis ou nommés doffice. Il suffirait de définirce qui serait
à la charge de chacune des parties.
Le langage des religieux nest plus à la fermeté
! Et pour la première fois ils reconnaissent que la construction
dune nouvelle église simpose.
Le plan du nouvel édifice sera proposé à la communauté,en présence
du curé Paris, le 27 février 1774. Il est précisé que les travaux
doivent être terminés pour le 1er septembre de la même année. Aucun
document ne fait état des dépenses ni de la durée exacte de la construction
; on sait simplement quune partie de la façade nord a été
conservée. Cest léglise qui se dresse encore aujourdhui,
sur lemplacement de lancien monastère.
Constatant que les affaires du village sont mal gérées, les échevins
et l'ensemble de la population demandent à lintendant de Sarrebourg
quun syndic (un maire) soit nommé. (lettre du 25novembre 1776)
Nicolas Marchal, greffier occupera ce poste. A noter que N. Marchal
est également au service de la baronnie de Châtillon: la famille
Regnault. (5)
1)
2)
3)
1) Plan de l'église d'avant
1774
2) Plan de la nef à faire au Val en 1737 (fut sans suite) - H 1465
A.D.M.M.
3) Plan de 1774 (église actuelle) - H 1465 A.D.M.M.
Les années 1780-1781 sont marquées par une tentative
de détournement de fonds de la part de quatre notables du lieu.
Suite à une vente de bois, la commune disposait dune confortable
réservedargent que les intéressés pensaient se partager en
soumettant à lintendant de Sarrebourg de "fausses factures",
pour un montantde 3 070 livres. De faux créanciers menaçaient même,dans
une lettre du 28 novembre 1780, de faire payer des frais à la communauté
si le règlement nintervenait pas rapidement.Laffaire
en restera là jusquau 20 mars 1781, jour de la visite du subdélégué
de lintendant de Metz venu pour contrôler le fameux état des
dépenses. Les irrégularités sont vite découvertes et de nombreux
témoins viennent déposer contre les notables, les accusant de vouloir
voler les deniers communaux.
Suite à cette affaire, François Fricot, commis de ville adresse
une lettre à lintendant de Sarrebourg pour quun nouveau
syndic soit élu. Il va sans dire que le syndic en exercice faisait
partie des faux créanciers. François Fricot précise également que
les habitants refusent de voir élu à ce poste le greffier, qualifié
de "maire du seigneur". La communauté se plaint également
de navoir pas accès aux comptes.
Cest ainsi que le 2 septembre est dressé
le procès verbal délection d un syndic de 12 notables.
Les habitants sont réunis à lissue de la messe paroissiale,
au son de la cloche, devant la maison de Dominique le Gardon, maire
en exercice. Chaque votant doit exprimer 3 voix (une pour chaque
classe) lors de l'élection des notables.Il y a en tout 209 votants.
Est élu syndic Nicolas Maillot avec35 voix, François Fricot a obtenu
32 voix et François Vasseur11. Les 12 notables élus sont :
- 1ère classe : Jean Baptiste Croizier
Jean Husson
François Tiaucourt
François Souhait
- 2ème classe : Pierre Masson
Claude Dépoutot
François Fricot
Joseph Léonard
- 3éme classe : François Vasseur
Nicolas Louis
Louis Masson
Jean Baptiste Cuny
Ces élections nous renseignent également sur les
activitésdes habitants à la veille de la Révolution : les manuvres
sont en grand nombre, puis viennent les laboureurs, les tissiers,
les charpentiers, les charrons, les tailleurs.
Le 26 septembre, le maître des requêtes de Metz
annulait ces élections
suite à de nombreuses plaintes. Des
électeurs auraient été fortement influencés par les quatre notables,
auteurs des factures déguisées, qui, en faisant élire Nicolas Maillot,
leur ami, songeaient à se redonner rapidement une nouvelle notoriété.
En 1787 eut lieu une assemblée composée du syndic,
des propriétaires, des habitants et "Bientenants" de la
communauté de Val de Bonmoutier, assemblée attestée par un procèsverbal
daté du 12 août, en vertu dune ordonnance de Monseigneur lIntendant
de Sarrebourg. Vingt-huit personnes furent présentes pour élire
une nouvelle assemblée municipale, selon une ordonnance royale du
5 juillet 1786. Il sagissait délire trois membres dela
communauté qui, avec le seigneur et le curé (membres de droit) constitueraient
un syndic élargi. Cette élection à haute voix (la plupart des personnes
ne savaient pas lire) désigna:
- Nicolas Marchal laîné, âgé de 71 ans
- Jean Baptiste Croisier, âgé de 60 ans
- François Fricot , âgé de 38 ans
Ce fut le 23 novembre 1788 queut lieu la dernière
élection de lancien régime. Le procès verbal précise "se
sont réunies conjointement les assemblées municipale et paroissiale,
après les vêpres ". Deux membres dune même famille (Masson)
ayant été élus au cours d'élections précédentes, lun deux
devait démissionner du syndic(ce fut Pierre Masson) et cette dernière
élection avait pour but de le remplacer. Antoine Boulanger, laboureur
de 58 ans recueillit la majorité des voix.
Ducs de Lorraine au XVIII siècle.
- Léopold (1690 - 1729) fils de Charles V
- François III (1729 - 1737) fils de Léopold
- Stanislas Leszczynski , duc nominal (1737 - 1766) roi détrôné
de Pologne.
(1) H 1435 A.D.M.M.
(2) H 1416 A.D.M.M.
(3) H 1444 A.D.M.M.
(4) H 1464 A.D.M.M.
(5) C 475 A.D.M.M.
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